Trains des Amériques

Floride, shortlines et canne à sucre

Image : GP38-2 et train de canne à sucre

Sauf mention contraire, Texte et photos : DOMINIQUE DE CHAMPEAUX
Trains des Amériques n°1, Mai 2020

Dominique aime bien la Floride. Après tout, il y fait beau... Mais on y trouve aussi de petites compagnies qui font rouler quelques trains durant l’année, et deviennent d’énormes transporteurs à la saison de la canne à sucre.

South Central Florida Express

À l’occasion d’une 1re série de voyages en Floride dans les années 2010-2011, je suis allé errer à côté du lac Okeechobee, situé à 150 km au nord-ouest de Miami, en vue de photographier les opérations d’une shortline s’appelant le South Central Florida Express.

Chercher à faire du railfanning sur une shortline peut être une opération risquée car le trafic y est souvent faible. De plus, le public étant relégué d’une façon stricte en dehors des « non-trespassing areas [1] » omniprésentes aux États-Unis, on peut louper un convoi situé à quelques mètres simplement car il est caché par un rideau de végétation... Donc ne reste en gros que les passages à niveau pour croiser des trains. Problème : en trouver un qui ne soit pas trop « pourri » par la circulation routière, et qui donne une visibilité suffisante sur la voie ferrée.

Et là coup de chance, j’ai trouvé la perle rare : une route pas trop chargée, et la voie ferrée faisant une ligne droite de plusieurs kilomètres de part et d’autre.

De plus je n’ai pas eu à attendre trop longtemps. Peut-être une heure ? (J’étais à l’ombre, dans ma voiture de location, avec un San-Antonio à la main, je n’ai pas vu le temps passer) Et là, j’entends le mugissement de la corne de la loco au loin à un PN précédent. J’ai donc rushé hors de la voiture et c’était parti.

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On commence à deviner qu’il s’agit d’une Geep qui roule « long hood forward ».

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C’est marrant, je ne connaissais pas ce modèle : un « corps » de GP7 ou GP9 et une cabine de modèle EMD subséquent, GP35 ou après. Recherche faite, il s’agit d’une GP11. Je n’avais pas entendu parler de ça avant. Sans doute une reconstruction « maison ».

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En revanche, ce qui m’a beaucoup étonné c’est le flatcar équipé de bogies « Bettendorf ». Je croyais me rappeler que ceux-ci étaient bannis de tout service après 1993. En fait ce bannissement doit concerner ce qu’on pourrait appeler « transport public ». Or là ce wagon appartenant à l’US Sugar Company doit servir uniquement aux opérations dites « intérieures » (travaux, manutention, etc..). D’où le non remplacement des bogies par du « roller bearing ».

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Le dépôt de locos de Clewiston où se trouve le siège de cette compagnie.

Malheureusement, pour la canne à sucre, on repassera : ce n’était pas la saison...

Autre passage de train, à Pahokee cette fois :

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Du côté de Clewiston, avec la desserte d’une cimenterie.

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Faut pas que ça déraille, il y a des des alligators, en dessous dans le marigot, qui attendent la gueule béante...

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Malheureusement, cette compagnie a aujourd’hui disparu.

US Sugar Company

Autre série de voyages là-bas à l’automne 2019, les installations ferroviaire étant devenues en totalité propriété de l’US Sugar Company. On y voit encore du matériel de toute sorte et souvent d’anciennes compagnies parfois disparues depuis longtemps :

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Et voici des photos lors de la récolte de canne à sucre !

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GP38-2 de l’USSC avec une cinquantaine de wagons de canne en remorque....
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Trois types de locos se partagent donc la tâche : quelques GP 11 héritées du SCFE (voir pages précédentes), des GP38-2 et des GP40-2.

Les wagons de canne à sucre ne portent quasiment aucune inscription, car n’étant destinés à aucun interchange avec d’autres compagnies, et n’étant qu’à usage « industriel » (comprendre pas destinés au transport public). Une des caractéristiques très intéressantes de ce réseau est qu’en l’absence de toute régulation apparente (pas de signalisation, et sans doute pas de régulation centralisée), les trains roulent à vue les uns derrières les autres.

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Shortline

Au Canada et aux États-Unis, une shortline (ligne courte) est une petite compagnie qui exploite des lignes locales, non rentables pour de plus grosses compagnies de chemin de fer.

Ces compagnies ont souvent du matériel de seconde main. En 2009, elles représentent 30% des lignes et un quart du trafic. Leurs revenus sont souvent inférieurs à 28 millions de dollars US par an. Aux yeux d’européens, ces shortlines sont parfois longues : le Toledo, Peoria and Western Railway exploite près de 400 kilomètres de lignes !


Notes

[1Zones interdites au public


Cet article est disponible sous licence Creative Commons BY-NC-SA.

Crédits : sauf mention contraire, texte et photos par DOMINIQUE DE CHAMPEAUX ; CC-BY-NC-SA ; Trains des Amériques, Mai 2020.

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